« Remettons les choses à leur place » : lettre de Jean Paul Huchon (président du Conseil Régional) à Valérie Pécresse (candidate LR à la région Ile-de-France).

Chère Madame Pécresse,

Mercredi dernier au conseil d’administration du STIF puis lors de la séance plénière du conseil régional, nous avons voté le dézonage entier de la carte Imagine’R scolaire (transports-apprentis-lyceens-et-collegiens-paieront-333-e-par-an/). Cette mesure, dans la continuité du Pass Navigo à tarif unique (un-accord-trouve-sur-le-passe-navigo-a-tarif-unique-en-ile-de-france/), sera mise en service dès le 1er septembre prochain. Elle profitera à 400 000 collégiens, lycéens et apprentis franciliens. A l’image du Pass Navigo à tarif unique, c’est une véritable bouffée d’oxygène pour le pouvoir d’achat des familles franciliennes, et plus particulièrement pour celles qui habitent la grande couronne.

Depuis quelques temps pourtant, certaines de vos déclarations m’interrogent – elles me feraient presque sourire si vous n’étiez pas en campagne électorale permanente : vous seriez donc à l’origine du Passe Unique ? A moi comme aux Franciliens, cela nous avait échappé…

Retraçons les faits :

La majorité régionale rassemblée que je préside a été élue en 2010 sur un programme. Parmi les propositions, figurait le Pass Navigo à tarif unique pour tous. Et comme nous tenons nos promesses, nous l’avons fait.

Quand nous avons annoncé, le 25 novembre 2014, la mise en œuvre du Pass Navigo à tarif unique, vous l’avez d’abord qualifié de « totalement démagogique ». Vous avez ensuite affirmé qu’il s’agissait d’une « mesure électoraliste ». Vous avez donc voté contre au Conseil d’Administration du STIF du 10 décembre 2014.

Et voilà que Pierre Bédier et Patrick Devedjian, dans la foulée de cette annonce, expriment leur satisfecit.

Et voilà que les Franciliens plébiscitent cette mesure de justice sociale et de pouvoir d’achat, notamment les plus fragiles, en particulier tous ceux qui n’ont d’autres choix que d’habiter loin.

Et voilà que même les entreprises donnent leur accord – car sans leur accord, il n’y aurait pas eu de Passe Unique.

Dos au mur, vous avez dû rapidement faire volte-face et je vous reconnais une certaine habilité au changement de pied. Comme par miracle, vous vous mettez à dire à qui veut bien l’entendre qu’il s’agit d’une bonne mesure. Qu’il faut la maintenir coûte que coûte. Comme retournement de veste, on fait difficilement mieux.

Mais ce n’est pas fini. Le premier reproche que vous faisiez au Passe Unique, c’est son financement. Ou plutôt son absence de financement. Nous avons beau avoir expliqué et expliqué et expliqué comment nous comptions nous y prendre, vous avez dégainé vos armes favorites : la responsabilité du Gouvernement puis la hausse d’impôts. C’était en mai 2015. Or vous savez parfaitement que la Région n’a pas d’autonomie fiscale, c’est-à-dire aucun pouvoir de taux, mis à part sur la carte grise, qui est loin de couvrir la totalité du montant engagé.

Aujourd’hui, vous poussez le ridicule encore plus loin, en annonçant que l’idée du Passe Unique étendu aux collégiens et lycéens est aussi votre idée. Comment ne pas y voir une énième marche arrière qui lève le voile sur le vide de vos propositions ?

Vous voyez, Madame Pécresse, derrière les formules choc et les slogans faciles, derrières les circonvolutions, il y a la réalité. Et le problème avec le réel, c’est qu’il ne se dérobe pas.

Previous post
Next post

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *