Les échanges non-marchands par Laurent Petitgirard, compositeur, chef d’orchestre.

« Libéralisation des échanges non marchands » : telle est la douce litanie que nous susurrent ces derniers temps, sous diverses formes, bon nombre de nos femmes et hommes politiques.
« Échanges non-marchands », cela signifie, à mon sens, « mise à disposition et téléchargements, à but nonlucratif, de fichiers illégaux ».
Certes, nous ne sommes pas devant des margoulins du style Megaupload qui, sous la bannière d’une pseudo-liberté du Net, ne font que s’enrichir.
Mais l’internaute qui, sans pour autant en faire commerce, propose au monde entier le nouvel album d’un artiste, porte néanmoins un préjudice considérable à tous ceux qui ont contribué à sa réalisation, des auteurs, éditeurs, interprètes, producteurs et musiciens aux studios d’enregistrement.
Il y a dix ans, lorsque le téléchargement illicite a commencé à gravement déstabiliser la musique, nous nous sommes tournés sans succès vers une industrie cinématographique qui a fait la sourde oreille, persuadée que la lenteur des processus de téléchargement des films, consécutive au poids des fichiers, la protégerait pendant de nombreuses années.
L’augmentation vertigineuse des débits proposés aux internautes a contraint le monde du cinéma à se ressaisir, un peu tard, malgré tout.
Eh bien, je l’annonce aujourd’hui à nos chers femmes et hommes politiques de tous bords, dont une large majorité semblent ne penser qu’à séduire un jeune électorat, la même mésaventure va bientôt arriver au livre.
On constate déjà qu’une partie de la presse écrite est majoritairement consultée par voie électronique et que ce mouvement irréversible s’est nettement accéléré avec l’arrivée des tablettes.
Le livre commence déjà à suivre.
Quel que soit le plaisir du papier et de la belle édition, dont certains ne pourront jamais se passer, des modes de lecture permettant d’emporter toute une bibliothèque dans une simple tablette, de grossir les lettres et d’amplifier la luminosité à souhait, d’y effectuer toutes les recherches par mot, phrase ou thématique et d’acquérir pour un prix moindre n’importe quel titre dans la minute où que l’on soit, vont s’imposer.
Lorsque le digital sera devenu majoritaire dans le livre (ce qui est en train de se passer aux États-Unis) et que nos chers pirates, qui auront cassé sans peine toutes les protections, proposeront au monde entier le titre qui vient de sortir, lorsque le Goncourt ne fera plus qu’un quart de ses ventes actuelles, alors vous vous réveillerez, mais il sera trop tard.

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