Le procès des marchés truqués des ordinateurs du Conseil général des Hauts-de-Seine s’ouvre ce lundi au tribunal de Nanterre.

Florence P. avait dénoncé les marchés truqués de l’informatisation des collèges des Hauts-de-Seine, dont le procès s’ouvre ce lundi à Nanterre. La fonctionnaire qui témoigne aujourd’hui a payé cher son intégrité, jusqu’à risquer de se faire« casser les bras et les genoux ».

A la barre du Tribunal correctionnel de Nanterre vont défiler cette semaine trois anciens salariés du Conseil général des Hauts-de-Seine, dont l’ancien directeur de l’action scolaire et éducative, et cinq gérants de société.
Ils sont poursuivis pour favoritisme, corruption ou abus de biens sociaux, pour avoir participé aux malversations liées à l’informatisation des collèges. Un marché en plein boom à la fin des années 90, quand les quatre-vingt-sept établissements du plus riche département de France commencent à s’équiper. Florence est une jeune fonctionnaire recrutée en 1998 pour contrôler les factures. Elle ne tarde pas à découvrir que les règles les plus élémentaires des marchés publics sont bafouées.

Marchés truqués et harcèlement.
Entre 1995 et 2000, un prestataire informatique a obtenu vingt-deux millions de francs de contrats du département, l’ingénieur informatique du conseil général étant chargé de saucissonner les marchés pour rester en dessous du seuil de 300 000 F et éviter toute mise en concurrence. Florence alerte alors ses supérieurs directs, sans succès. Au contraire, elle commence à être harcelée, mal notée. Elle passe le concours d’attaché territorial, accepte de changer de service, rien n’y fait. Il y a interdiction à ses collègues de venir la saluer, de prendre un café avec elle, certains bureaux lui sont interdits, et du jour au lendemain son travail n’est plus satisfaisant.
Elle découvre que le prestataire qui a toute la confiance du département, et l’ingénieur qui a aussi toute la confiance du département prévoyaient de lui casser les genoux et les coudes, la gueule était en option pour celle qu’ils appelaient la salope.

Une affaire sensible.
Au cours de l’instruction, des documents ont disparu, des disques durs ont été nettoyés avant les perquisitions… La juge Patricia Simon a même dénoncé en janvier 2009 l’inaction des policiers de la DNIF (Direction nationale des investigations financières), dans une lettre versée au dossier.
C’est que l’affaire est alors politiquement sensible. Le Conseil général des Hauts-de-Seine a été dirigé par Nicolas Sarkozy (2004-2007) et avant lui par Charles Pasqua (1998-2004). L’une des personnes mises en examen, avant de bénéficier d’un non-lieu, a fait un aller-retour entre le département et le cabinet de la mairie de Levallois Perret, fief du couple Balkany. Isabelle Balkany, l’ancienne vice-présidente du conseil général chargée des collèges est entendue comme témoin, et affirme n’être pas au courant des marchés truqués : « je n’achète et je ne livre pas d’ordinateurs » déclarait-elle en 2009 dans Libération.
En 2005, Florence est placée sous l’autorité de Rachida Dati, directrice générale adjointe des services juridiques : d’après Florence et le syndicat FO, la future garde des sceaux aurait très mal pris l’arrivée de la juge Simon dans son service, le 21 février 2005, pour une perquisition. Les jours suivants, les accusations d’incompétence professionnelle à l’encontre de Florence repartent de plus belle. Au même moment, elle reçoit pourtant un courrier d’un des bras droits de Nicolas Sarkozy, qui la félicite « pour son comportement courageux, qui l’honore » (tout en lui refusant la protection fonctionnelle, pour payer ses honoraires d’avocat, au nom de « l’emploi rigoureux des deniers publics »).
En juillet 2008, le nouveau président du conseil général, Patrick Devedjian, annonce qu’il veut « nettoyer les écuries d’Augias ». L’avocat du conseil général, Olivier Schnerb, assure qu’avec ce procès le grand ménage est presque terminé

En 2005, Florence a fini par quitter le Conseil général des Hauts-de-Seine pour aller travailler dans une commune en dehors du département. Elle a dû aller devant le Tribunal administratif pour faire reconnaitre le harcèlement moral et obtenir la protection fonctionnelle pour payer ses honoraires d’avocats. Elle est aujourd’hui assez désabusée
Aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire, directe ou indirecte pour avoir relaté ou témoigné, de bonne foi, soit à son employeur, soit aux autorités judiciaires ou administratives, de faits de corruption dont il aurait eu connaissance dans l’exercice de ses fonctions.

Extrait d’un article de Sara Ghibaudo, Journaliste au service Enquête – Justice de France Inter

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