François Hollande « Il n’y a qu’une seule Gauche. Et je suis le seul candidat à pouvoir la faire gagner »

Dans La Dépêche du Midi datée du 16 avril, François Hollande explique qu’il appelle à voter dès le premier tour pour sa candidature, « non pas pour brider les autres ni nier le pluralisme à gauche, mais pour gagner ! ».

Vous vous déplacez aujourd’hui dans le Tarn, à Albi et à Carmaux. Le plus célèbre des socialistes s’appelle ici Jean Jaurès. Près d’un siècle après sa mort, Jean Jaurès est-il encore d’actualité ?

Oui ! il l’est toujours parce qu’il incarnait une pensée puissante qui n’était pas seulement liée à son époque mais à une humanité qu’il voulait éclairer.

Toutefois, je ne tiens pas à faire à Carmaux une visite de nostalgie ou la reconstitution d’un passé. Je viens respirer la mobilisation que la ville de Carmaux et le Tarn peuvent m’apporter. Il m’a souvent été rappelé par les élus de Carmaux que François Mitterrand était venu en 1981 ici à la veille du premier tour. C’est donc un passage aussi affectueux qu’obligé.

Le message de Jaurès n’était-il pas plus facile à porter pour lui qui n’a jamais exercé le pouvoir alors que, vous, vous briguez l’Élysée ?

Il a été empêché parce qu’il a été assassiné à la veille de la déclaration de la guerre. Mais il aura permis aux générations suivantes d’exercer le pouvoir qu’il n’a pas eu la possibilité de conquérir.

Ce discours de générosité que tenait Jaurès n’est-il pas tenu également aujourd’hui par Mélenchon ou n’est-il pas perçu comme tel par un certain électorat de gauche ?

À son époque, Jean Jaurès avait des débats tumultueux avec Jules Guesde sur ce qui était « possible » et ce qui ne l’était pas, sur le réalisme qui devait permettre à l’idéal de s’accomplir. Et la générosité était du côté de Jaurès ! Il n’y a qu’une seule gauche. Et je suis le seul candidat à pouvoir la faire gagner.

Le succès de Mélenchon actuellement serait-il dû à une illusion ?

Il y a des colères qui méritent d’être entendues. Mais est-ce que la manière de les traduire, c’est de voter pour le candidat du Front de gauche ? C’est à chacun d’apprécier. Moi, mon devoir c’est d’assurer la victoire et de faire accéder la gauche à la responsabilité du pays. Ma mission n’est pas simplement d’exprimer un refus, une résistance – même dans l’enthousiasme -, mais c’est de permettre un vrai changement, de mettre fin à la phase qui a été trop longue de la droite au pouvoir, et surtout de faire que les Français vivent mieux durant les cinq prochaines années. C’est la raison pour laquelle j’appelle à voter dès le premier tour pour ma candidature, non pas pour brider les autres ni nier le pluralisme à gauche, mais pour gagner ! Et la victoire se construit dès le 22 avril.

Dans une de vos dernières déclarations, vous dites que vous voulez « dompter la finance ». N’est-ce pas un peu présomptueux ?

J’ai dit que je voulais empêcher que la finance prenne la place du peuple français. Ce ne sont pas les marchés qui votent, c’est le peuple. Ce sont les citoyens qui feront le 6 mai le choix de leur destin. Ils n’ont pas à le faire sous la pression de forces qui n’ont aucune légitimité que celles de l’argent. Je ne comprends pas comment la droite, en cette fin de campagne, peut convoquer la spéculation pour essayer de convaincre des électeurs qui n’ont pas envie de voter pour elle. Au fond, c’est son propre affolement que Nicolas Sarkozy essaie de communiquer.

Vous vous attendiez à ce type d’arguments de la part de Nicolas Sarkozy ?

Oui, car la droite utilise toujours les mêmes arguments. Ils sont fondés sur la peur, sur la caricature, et même sur une forme d’irresponsabilité. Car nous demander de réduire la dette – ce que nous allons faire – en occultant que c’est sous ce quinquennat qu’elle a progressé de 600 milliards et que les déficits se sont accumulés, c’est une forme d’appel au courage pour les autres. En fait, il nous demande de mettre de l’ordre dans le désordre qu’il a causé.

Nicolas Sarkozy veut deux débats entre les deux tours ? Vous n’en voulez qu’un. La droite va encore dire que vous « esquivez »…

Je n’esquive rien. Le débat aura lieu. La tradition de la Ve République veut qu’il y ait un grand débat avec le temps nécessaire portant sur tous les sujets. Il aura lieu.

Mais en cas de victoire, pouvez-vous concilier Bayrou et Mélenchon dans un même gouvernement ? Vous dites qu’il ne peut y avoir de négociations avec personne entre les deux tours.

Pour l’instant, je ne veux pas anticiper. Entre les deux tours, des appels au rassemblement autour de ma candidature vont s’opérer. Je n’ai pas de doute sur celui du Front de gauche et de Jean-Luc Mélenchon, c’est la discipline républicaine et la volonté de gagner ensemble qui nous animeront. C’est autour du projet que je porte que se fera le rassemblement. Au lendemain du 6 mai, si les Français m’élisent, ce sera à chacun de savoir s’il veut participer au gouvernement de la France.

Ceux qui m’auront soutenu au second tour y seront appelés. Mais je respecterai leur liberté. Je ne veux forcer personne.

Nicolas Sarkozy a dit que, le moment venu, il ferait appel à une sorte d’unité nationale. Y croyez-vous ? Et si vous êtes élu, êtes-vous prêt à faire une ouverture comme il l’avait fait en 2007, compte tenu des difficultés qui vous attendent si vous gagnez ?

L’ouverture a été un échec. Celui qui l’avait initiée ne l’a pas prolongée. Ceux qui l’avaient accepté ont disparu. Je ne réitérerai pas ce que je considère être une mauvaise méthode, le débauchage, la recherche de coups d’éclats et, en définitive, l’ambiguïté et l’échec. En ce qui concerne l’unité nationale, c’est le rôle du président de la République de rassembler les Français, mais il y a une gauche, et il y a une droite. Il y aura une majorité et une opposition. L’appel de Nicolas Sarkozy ne vient que comme un appel de détresse, pas comme un message de réconciliation. Ce n’est pas celui qui a pratiqué la discorde pendant cinq ans qui peut – même après s’être rendu à la Concorde ! – donner un nouvel état d’esprit, celui d’une présidence qui n’a pas été animée par un grand sens de l’État pendant cinq ans.

Vous sentez-vous visé lorsque François Fillon dénonce un « antisarkozysme aussi stupide qu’injuste » ?

Je ne suis pas candidat contre, je suis candidat pour. Pour le redressement. Pour la justice. Pour la jeunesse. Pour l’espérance. Mais il est vrai que le candidat sortant est très impopulaire. C’est dû à son bilan et à son comportement. Il doit assumer cet état de fait.

Allez-vous modifier vos angles d’attaque lors de cette dernière semaine ?

Je vais appeler au vote car beaucoup de nos concitoyens n’ont pas encore pris leur décision, je veux convaincre partout que les jeux ne sont pas faits, que c’est au premier tour que la partie se gagne. Je continue à tracer ma voie, à garder le cap, ma cohérence et ma constance.

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