Rentrée scolaire 2010 : en France, dans le 92, …et à Chaville.

Le ministre de l’Education a diffusé aux recteurs une douzaine de pistes pour supprimer des postes de 2011 à 2013, dans le cadre de la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite.
Cette rentrée s’effectuera donc une nouvelle fois dans un contexte de diminution de moyens. L’heure est au raclage de fonds de tiroirs et au grignotage !

Bouter les deux ans hors de la maternelle

Poursuite de la politique de réduction drastique de la scolarisation des moins de trois ans passée de 34,8% il y a dix ans à 15,2% aujourd’hui au niveau national.

Pour les recteurs qui hésiteraient, le ministère argumente : «Les études ne démontrent pas que la scolarisation à deux ans constitue un avantage évident dans toutes les situations par rapport à d’autres modes de garde alternatifs.» En réalité, les études ont conclu à l’utilité d’une scolarisation précoce, surtout pour les enfants de milieux défavorisés. Les élèves les plus fragiles pourraient être les premières victimes.
Concrètement
sur Chaville, suppression de la Toute Petite Section de l’école des Paquerettes qui fonctionnait depuis 7 ans et donnait pleinement satisfaction.

Augmenter le nombre d’élèves par classe.

Le ministère liste comme levier d’économie celui concernant la « taille des classes » qu’il est recommandé de grossir «afin d’optimiser les moyens d’enseignement» (27 élèves pour les maternelles relevant de l’éducation prioritaire, 32 pour les autres), ainsi que d’élever les seuils de création de classes.
Dans cette logique dans les écoles primaires et maternelles sur Chaville, deux fermetures de classe aux Paquerettes et à Ferdinand Buisson prévues à la rentrée.
Au collège, là encore, le ministère se livre à de savants calculs : en comptant 30 élèves par classe, on fait de sacrées économies… C’est ainsi que 36 collèges des Hauts de Seine verront à la fois le nombre de leurs élèves augmenter et le taux d’encadrement baisser.

En cherchant bien, le ministère déniche des «marges» un peu partout.
Dans le primaire
, les écoles pourront se passer des assistants étrangers de langues (1.059 emplois) et des intervenants extérieurs (1.475). L’apprentissage des langues est pourtant présenté comme une priorité.

Supprimer les Rased, les assistants de langues.

Les enseignants spécialisés dans l’aide aux élèves en difficulté, appelés Rased, sont dans le collimateur depuis trois ans. Leur disparition est clairement évoquée.

Les psychologues scolaires qui travaillent avec eux, épargnés jusqu’ici, sont aussi menacés d’«une mise en extinction»Sur Chaville, dès la rentrée, un enseignant Rased au lieu de deux.

La promesse de maintenir les heures d’enseignement dans les établissements défavorisés n’est pas tenue. Il ne sera pas possible d’y développer de meilleures conditions d’apprentissage.
De plus, quand le ministre supprime les moyens pour l’aide aux plus en difficulté, le conseil général des Hauts-de-Seine lui emboite le pas en mettant fin au plan d’Aide à la Lecture, dispositif spécifique dont l’objet visait à favoriser l’envie de lire et de travailler autrement pour les enfants ayant des difficultés scolaires.

Le Service public d’Education est soumis à une obligation de continuité.

Pourtant, force est de constater que le remplacement d’un professeur manquant n’est pas assuré. 20 000 défaillances recensées en quelques mois, ce n’est pas acceptable !

Depuis des années, les parents d’élèves demandent que les enseignants absents soient remplacés par d’autres enseignants formés.

Un enseignant a le droit d’être malade mais les élèves ont aussi le droit (et surtout le devoir) d’être scolarisé.

C’est pourtant de la continuité du service public qu’il s’agit. C’est ce qui alimente en bonne partie les établissements privés !
Le ministre de l’éducation reconnaît le problème et son ampleur. Mais aucun moyen pour constituer des brigades spécifiques, avec des enseignants formés, pour apporter une solution durable à un problème qui n’a que trop duré !

Bas les masques !

Nicolas Sarkozy avait pourtant promis que cette réforme ne serait pas l’occasion de faire des économies. Concernant la surcharge programmée des effectifs par classe, Chatel se défend : «le sujet à l’Education nationale n’est pas la question des moyens. Le sujet c’est la bonne répartition de ces moyens sur l’ensemble du territoire
Le ministre ment, clairement et sans complexe.  Le sujet, posé par ces instructions ministérielles, est la réduction des moyens sur l’ensemble du territoire.
L’Education nationale n’adapte pas l’effectif enseignant et administratif à la population des élèves. La logique est inverse
: le gouvernement veut supprimer des postes, et demande ensuite à ses recteurs et inspecteurs d’académie de «dégager les gisements d’emploi possibles».

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One Response to Rentrée scolaire 2010 : en France, dans le 92, …et à Chaville.

  1. Pierre BARRET says:

    Un article paru dans le magazine économique « Alternatives économiques  »
    le 4 juin complète votre analyse sous le titre « l’école primaire est en danger  »

    « L’école primaire en danger
    Camille Peugny, maître de conférences à l’université Paris 8 | Article Web – 04 juin 2010

    La France se distingue déjà des autres pays européens par un sous-financement de son enseignement primaire, et la réduction des postes prévue pour 2011 risque d’aggraver encore la situation.

    En 2011, le gouvernement veut poursuivre sa politique de réduction des effectifs de l’Education nationale. Alors que les emplois d’enseignants étaient relativement épargnés jusqu’à présent, les informations qui circulent indiquent que cette fois-ci, ils seront les victimes expiatoires de la suppression de 16 000 postes. Au total, le gouvernement liste treize leviers à actionner pour réaliser des économies, puisque c’est bien cela l’objectif. Ainsi, les « rased » (professionnels chargés de prendre en charge les élèves ayant des difficultés de comportement) seraient dans la ligne de mire, tout comme les assistants de langue, les psychologues scolaires ou encore les intervenants extérieurs en primaire.

    Mais la mesure phare, si l’on peut dire, semble être d’augmenter le nombre d’élèves par classe. Le raisonnement du gouvernement est le suivant : ajouter un élève dans chaque classe permettrait de supprimer 10 000 postes d’enseignants sans mettre en péril la qualité puisque, de toute façon, la taille des classes n’a pas d’effet significatif sur la réussite scolaire. Or, ce n’est pas ce que montrent les travaux de recherche réalisés ces dernières années.

    Tout d’abord, la politique de diminution du nombre d’élèves par classe n’a jamais été massive en France, loin s’en faut ; il semble donc difficile d’en juger l’efficacité. Une étude réalisée au début des années 2000 indiquait par exemple que, dans les collèges classés ZEP, les classes ne comptaient en moyenne que deux élèves de moins que dans les autres collèges. En revanche,les résultats sont plus probants dans le primaire. Certaines évaluations, notamment celles de l’économiste Thomas Piketty, montrent une progression importante (notamment en français) dans des classes moins chargées, tout particulièrement chez les enfants issus des milieux défavorisés[1].

    La France se distingue déjà des autres pays européens par un sous-financement de son enseignement primaire, carence pointée récemment dans un rapport de la Cour des comptes. Alors même qu’il y a consensus sur ce constat, le gouvernement fait exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire : moins d’enseignants, plus d’élèves par classe, extinction des prises en charge spécialisées… Nous savons aujourd’hui que les inégalités sociales se manifestent, sous forme des inégalités scolaires dès l’entrée en maternelle, et qu’elles ne cessent de croître par la suite. Les premiers moments de la scolarisation constituent donc le seul moment où l’on peut espérer changer la donne.

    Lorsque l’enseignement primaire public aura totalement saigné, viendra le temps de pleurer sur l’échec et l’impuissance de l’école. Avec un vainqueur toutefois : l’enseignement privé, dont les effectifs continuent d’augmenter. »

    Des commentaires figures sur le blog de C.Peugny :
    http://alternatives-economiques.fr/blogs/peugny/2010/06/02/comment-achever-lenseignement-primaire/#comment

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