Paris Métropole un espace d’enjeux urbains

par Bruno Lemoine

Il s’est passé bien des choses depuis le 29 Avril 2009, date de l’inauguration au palais de Chaillot de l’exposition des travaux issus de la consultation internationale « le Grand Paris de l’agglomération parisienne » par le Président de la République.
En effet, dès le lendemain, le 30 Avril 2009, l’arrêté officiel de création du syndicat mixte d’études Paris Métropole a été publié.

Le nom Paris Métropole ne dit pour l’instant par grand-chose au public, quand on ne le confond pas avec le Grand Paris porté par Nicolas Sarkozy.
Il cache pourtant une structure d’un nouveau genre qui entend renouveler les relations entre Paris et ses banlieues.
Ce syndicat a succédé à la Conférence métropolitaine initiée par Delanöé et regroupe les différentes collectivités locales de la région d’Ile de France volontaires pour s’associer à une réflexion sur l’utilisation des territoires en matière de transports, d’urbanisme, de logement, de développement économique et de solidarité des territoires.

Paris Métropole entend rompre avec un système politique morcelé, où les logiques institutionnelles l’emportent sur les logiques collectives.
L’idée est de faire des études, mais surtout d’en sortir des propositions communes, de dégager des idées fortes face au projet d’aménagement du Grand Paris.
Le Grand Paris affirme de grands objectifs, un point de vue politique sur le développement, qui doit entrer en dialogue avec ceux des collectivités locales, représentées par Paris Métropole.

Le syndicat mixte se compose, pour l’heure, de 95 entités sur 174 inclus dans le périmètre du syndicat : la région, 6 départ. (75, 77, 91, 93, 94, 95), 67 communes, 19 intercommunalités.
Dans notre département : Asnières, Bagneux, Clichy, Colombes, Fontenay-aux-Roses, Gennevilliers, Malakoff, Nanterre, Neuilly et Sceaux.
Comment se fait-il que le CG92 ainsi que de nombreuses communes et agglomérations du 92 ne soient pas encore membre du syndicat Paris Métropole ?
Les élus de droite, jusqu’alors rétifs, pourraient, à l’instar de Patrick Devedjian, patron (UMP) du conseil général des Hauts-de-Seine, y entrer dans les prochaines semaines.
Car le clivage droite/gauche, les acteurs du projet se sont employés à le dépasser, mettant l’accent sur le caractère technique, et non politique, de Paris Métropole.
Un nombre significatif d’élus UMP devraient rejoindre Paris Métropole car les conditions politiques ont été réunies pour qu’ils puissent s’y associer. A nous de les y inciter en portant les débats jusque dans nos conseils municipaux ou d’agglomération.
L’approche des régionales de 2010 risque de créer à partir de la rentrée une zone de fortes turbulences et sera peut-être le vrai test pour Paris Métropole.

Pour l’heure, Jean-Yves Le Bouillonnec, député-maire (PS) de Cachan est le président pour un an de Paris Métropole. La présidence tournante reviendra l’an prochain à un élu de droite. Patrick Braouezec, président (PCF) de la communauté d’agglomération de Plaine Commune (Seine-Saint-Denis), Philippe Laurent, maire (divers droite) de Sceaux (Hauts-de-Seines), Bertrand Delanöé maire (PS) de Paris, le président (PS) du conseil régional d’Ile-de-France Jean-Paul Huchon ainsi que le maire (UMP) de Nogent-sur-Marne Jacques J.P. Martin en sont les vices-présidents.
Le maire de Clichy, Gilles Catoire, siège au bureau de Paris Métropole pour être un des co-animateurs du groupe de travail sur les déplacements.
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Les problèmes rencontrés concernent à la fois la taille de l’agglomération (plus de 6 millions d’habitants) qui n’est comparable avec aucune autre agglomération française, l’accroissement exponentiel du nombre des déplacements (plus d’un million de passagers par jour sur la ligne A du RER), l’hétérogénéité du tissu social (développement de véritables ghettos) et le coût des investissements et du foncier qui rendent problématiques le financement de tout projet.

La difficulté ? Fédérer l’action de trop nombreux acteurs (Ville de Paris, communes, conseils généraux, Conseil régional, Etat…) qui se sont longtemps ignorés ou concurrencés alors même que la continuité du territoire aggloméré rend illusoire la distinction de leurs actions aux yeux du citoyen.

Si la question de l’avenir de l’agglomération parisienne est redevenue d’actualité, c’est d’abord parce que la région capitale est menacée d’une véritable « thrombose » du fait de la saturation de ses axes de transports.

Mais les inégalités de développement et de revenus ont également jeté un regard nouveau sur une région qui était jusque là largement considérée comme « privilégiée ».
A cet égard, les émeutes urbaines de 2005 ont révélé la grande fragilité sociale de nombreux territoires de banlieue.
Bertrand Delanoë promet des «initiatives à court terme en matière de solidarité financière.
«Si Paris Métropole demande, comme je le souhaite, que le montant du fonds de solidarité de la région Ile-de-France (NDLR : le FSRIF consacré à la péréquation entre collectivités), passe de 180 à 250 millions d’euros, cela aura du poids», plaide en écho Philippe Laurent.

Sur un autre plan, les exigences environnementales ont également mis en évidence la nécessité de mettre un terme à l’étalement de la ville et de favoriser une certaine densification, notamment en première couronne, ce qui pose en particulier la question de la gestion du foncier. Nous savons aujourd’hui que le territoire est fini, que les problèmes doivent être résolus sur place et non repoussés chez le voisin ou dans un « encore vide » en hypothéquant l’avenir. La ville sur la ville résume cette prise de conscience récente.

Avec la création du Syndicat mixte d’études Paris Métropole, une nouvelle page s’écrit pour l’avenir de l’Ile de France. Celui-ci pourrait devenir le lieu d’une nouvelle gouvernance.
Paris Métropole se donne pour ambition de progresser dans la culture métropolitaine commune qui a commencé à émerger ces dernières années.
L’agglomération parisienne est en retard par rapport aux agglomérations de province comme ceux de Lille Métropole ou du Grand Lyon. Il est nécessaire de prendre exemple sur eux.
Investis de la légitimité de leurs mandats, les élus locaux ont choisi de se saisir collectivement des projets et débats qui traversent aujourd’hui l’Ile de France : schéma directeur, projets de transports et plan régional de déplacements, travaux des 10 équipes pluridisciplinaires dans le cadre de la consultation sur « le grand pari(s) de l’agglomération parisienne ».
Ils s’engagent à travailler avec toutes les instances pertinentes (en particulier les services de l’Etat) et la société civile.

Bruno LEMOINE
Délégué Fédéral PS à « Paris Métropole »
Conseiller municipal et maire-adjoint de 1995 à 2008 à Chaville, Conseiller d’agglomération de 2003 à 2008.

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