Réforme de l’audio visuel Public : Payer plus pour en voir moins

D’une idée de départ pleine de promesses, la suppression de la publicité devait permettre de développer une offre diversifiée, renforcer l’impartialité de l’information, s’émanciper des lobbies industriels, et grâce à un financement pérenne, renforcer l’indépendance éditoriale, soutenir la production audiovisuelle, accompagner la mutation vers les nouvelles technologies numériques et s’ouvrir au reste du monde. 

Le projet de loi, examiné cet après midi à l’assemblée nationale, a non seulement perdu toute sa substance, mais abouti au résultat inverse de celui annoncé. Deux amendements en particulier sabotent le projet de départ :
 la possibilité de réduire de 3% à 1,5% la taxe sur la publicité des chaînes privées et de même pour la taxe sur le chiffre d’affaire des opérateurs télécoms qui pourra être réduite de 0,9% à 0,5%
 la nomination du président de France Télévision par l’Etat et non par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. 

Le premier amendement a pour effet de ne plus garantir le financement de l’audiovisuel public. Celui-ci était déjà très largement sous-estimé par le gouvernement qui a catégoriquement refusé l’augmentation de la redevance audiovisuelle, alors que c’est grâce à un engagement financier massif et pérenne que les plus grandes chaînes publiques Européennes ont pu se développer et assurer leur indépendance. Exit donc les grandes ambitions de développement pour l’audiovisuel public. Exit également l’indépendance éditoriale vis-à-vis de l’état. Ce dernier fournissant le complément financier à hauteur d’environ 400 000 000 d’€uros, renégociable chaque année, aura un formidable moyen de pression financier sur toute velléité d’émancipation de la chaîne publique. 

Le deuxième amendement renforce encore les moyens de contrôle par l’Etat de la chaîne publique. Cette dernière n’aura qu’à se soumettre, ou le président de la chaîne publique sera immédiatement remplacé. 

Les objectifs de cette manipulation sont au moins au nombre de deux :
 accessoirement, faire plaisir aux amis du Président, tout en continuant à s’assurer leurs loyaux services
 et surtout, contrôler l’information à des fins de propagande d’Etat 

Ces différents points ont étés largement commentés par les partis politiques d’opposition, les syndicats et même les journalistes du service public. 

Aussi, je souhaiterai soumettre à la sagacité du lecteur 2 remarques personnelles suivantes :
 Pourquoi la droite, habituellement si prompte à prôner les avantages de la concurrence, s’empresse-t-elle de supprimer un concurrent aussi important que la chaîne publique, offrant ainsi à TF1, la quasi exclusivité de fixer les tarifs des pages de publicité ? La droite répond qu’avec les chaînes numériques, le satellite et l’internet, ce sont 200 chaînes nouvelles qui se font concurrence. La belle affaire ! Les chaînes hertziennes généralistes rassemblent l’essentiel des recettes publicitaires et, parmi elles, TF1 en concentre plus de la moitié !
Cette opération est-elle financièrement transparente pour les citoyens ? Qui va payer l’augmentation des taxes sur la publicité ? Qui va payer l’augmentation des taxes sur les opérateurs Télécoms ? L’état fait le pari que les entreprises ne relèveront pas leurs tarifs. Pourquoi ne le feraient-elles pas alors que la concurrence, déjà quasiment inexistante dans ce secteur, sera encore réduite ? Qui encore va payer les quelques 400 millions d’€uros si ce n’est le contribuable ne bénéficiant pas du bouclier fiscal ? 

En résumé, pour Nicolas Sarkozy, la réforme de l’audiovisuel public, se résume à :
Payer plus pour en voir moins ! 

Patrick Fournier

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One Response to Réforme de l’audio visuel Public : Payer plus pour en voir moins

  1. Catherine says:

    Il y a effectivement la volonté de transformer durablement le domaine des médias, en favorisant le regroupement et l’émergence de groupes puissants, et en organisant (contrôlant ?) la télévision publique. Suppression de la pub pour assurer des revenus publicitaires sur d’autres chaines, et au passage en profiter pour faire nommer le président de France Télévision directement par le chef de l’état.
    Jacques Séguéla a été très clair hier matin sur France Info. Cela ne le choque pas du tout, c’est au contraire bien naturel puisque l’état sera l’actionnaire de France Télévisions.
    Les revenus publicitaires assurés pour les chaines privées, et un service public aux ordres de sa majesté, où est l’intérêt du téléspectateur ?

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