PS Chaville
PS Chaville

Demain ne se fera pas sans nous

Aucune défaite n’est douce, mais certaines sont moins amères que d’autres. Après un premier tour des législatives laissant imaginer une Assemblée nationale monochrome, l’entre-deux tour a vu enfin l’émergence du thème social accompagné d’un sursaut de la gauche et en particulier du Parti Socialiste. Si la majorité présidentielle n’est pas contestable, sa politique, présentée ces derniers jours en filigrane, l’est déjà. Fallait-il attendre que la droite offre sur le plateau de la TVA dite sociale les arguments qui font se retourner un scrutin ? Le temps est venu de l’audace et de la refondation.

UN BLEU À LA LAME DE FOND 

Le matraquage médiatique était continu. La vague bleue, la tornade bleue, l’ouragan bleu, le tsunami bleu, le cyclone tropical bleu de catégorie 5 allaient tout emporter. On se contentera sans regret d’une onde bleuette. N’exagérons rien, il s’agit bien d’une défaite pour la gauche. Mais elle est sans exagération. L’apparition du débat autour de la TVA a certainement bien aidé à limiter les dégâts. Personne ne se plaindra de cette première erreur de communication de la part du gouvernement en place. Pourtant, bien des médias avaient prévenu : “Nicolas Sarkozy en avait parlé durant sa campagne, inutile de s’en offusquer”. C’était oublier que les Français s’offusquent encore de ce qu’ils veulent. Ayant gardé quelque sens critique, ils refusent que les cadeaux fiscaux octroyés aux plus riches soient financés par le peuple tout entier, y compris par les plus défavorisés. Enfin, l’annonce d’un SMIC sans coup de pouce n’aura pas servi la droite, qui découvre qu’une élection gagnée n’est pas un laisser-passer pour imposer une idéologie à sens unique.

DU SLOGAN À LA RÉALITÉ 

Animer une campagne électorale avec opportunisme, savoir avec malice placer ses relais, utiliser à fond ses relations dans les médias, teinter ses discours de démagogie en reprenant à son compte n’importe quel concept ou personnage historique, savoir masquer ses carences derrière des slogans aussi efficaces que creux : tout cela est beaucoup plus simple sans le poids de la fonction. Lorsque celle-ci est acquise, une fois aux affaires, se limiter à dresser le paravent de la “légitimité éternelle sortie des urnes” est insuffisant pour justifier une politique, a fortiori de réformes. La légitimité n’est pas un prétexte pour amorcer n’importe quel changement. Tout gouvernement est légitime. Il ne peut en revanche mal agir, réformer contre la société au profit d’une minorité privilégiée. La légitimité l’oblige avant tout à s’expliquer, non à contraindre. Agir, c’est se découvrir : confrontée à la réalité, la droite actuelle est condamnée à révéler ses buts, à démontrer la prétendue pertinence de ses slogans. Voilà ce qui attend M. Fillon et son gouvernement durant les prochaines années. Nul doute qu’ils devront travailler plus pour continuer à persuader plus. ENSEMBLE ?En deux semaines, le temps a cette fois manqué pour qu’une foule d’experts débarque sur les plateaux télé afin de prouver le prétendu bienfondé d’une augmentation de la TVA. Pas le temps de faire de la “pédagogie”, comme disent les dévots de la pensée sarkoziste. S’il n’y a pas de mal à informer, expliquer, débattre, il est plus contestable de vouloir obtenir de l’opinion publique toute entière qu’elle défende un programme politique qui va contre l’intérêt de la majorité de la population. C’est la théorie des déclinistes, qui a eu une large fenêtre d’exposition médiatique depuis des mois : “préparez-vous aux sacrifices, nous n’avons pas le choix”. Le choix a été celui des cadeaux fiscaux offerts aux plus riches… À force de décrire sans cesse ce que veulent les Français au point de vouloir penser et décider à leur place, les Français ont lancé un signal à la droite en rééquilibrant les forces à l’Assemblée nationale.

Le paradoxe, voire l’imposture, du programme de la droite actuelle est d’avoir fait croire que l’”ensemble” et la “cohésion sociale” seraient défendus avec l’application d’une idéologie néoconservatrice datant de Reagan. Difficile dans ces conditions de croire en une “rupture” amorcée par un néo-gouvernement de sortants. Ainsi, la question de la TVA sociale a révélé la clef des enjeux futurs, soit la définition du “vivre ensemble”. Et cette fois, les slogans ne suffisent plus. “Ensemble” n’était pas par hasard le mot-clef de la campagne de M. Nicolas Sarkozy. Il s’agissait d’abord de camoufler un fait macroéconomique évident, en prenant soin d’éviter de réfléchir à ses conséquences sociales : la croissance n’est plus liée à la nation. Il s’agissait ensuite de faire croire que si tout le monde faisait des efforts, tout le monde en profiterait. Mais “nous” ne sommes plus dans le même bateau. Les intérêts divergent comme jamais. Il n’y a qu’à constater l’écart entre la hausse du CAC 40 et la morosité du pouvoir d’achat pour s’en convaincre. Et chanter l’identité nationale n’y changera rien.

QUI EST “NOUS” ?  

La gauche devra mettre cette problématique au centre de sa refondation. La seule richesse qui n’est pas délocalisable, la seule richesse qui profite à tous et attire les investissements étrangers, c’est la qualité d’une société. Une société qui investit massivement dans l’éducation, l’enseignement supérieur, la formation, la santé, les infrastructures, les transports et qui se dote d’un État moderne qui doit orienter des dépenses publiques utiles et soumettre la nation à un impôt progressif. Contre la droite, qui avantage les plus aisés, trop souvent d’ailleurs les rentiers (ceux qui ne travaillent pas à la création de la richesse mondiale ou nationale); la gauche doit repenser le “nous”, renforcer l’unité, cimenter le bien-être commun. Toute autre vision mettra la France en retard ou lui fera perdre les atouts qu’elle possède aujourd’hui, dont son indéniable qualité de vie. 

Pour défendre le “nous”, le PS doit déjà conjuguer la première personne du pluriel en son sein. Néanmoins, il ne suffit pas d’employer le “nous” dans ses discours pour être crédible ou se dispenser de réfléchir sur ce qu’est la collectivité aujourd’hui. Sur son nom, Ségolène Royal a indéniablement porté une force populaire, une vision neuve. Sa personne peut être celle qui rassemble, qui soutient de nouvelles figures, de nouvelles idées, de nouveaux outils d’analyse.

UN LION DANS LE MOTEUR ?

Au moment où quelques-uns à gauche en sont encore à dénoncer ceux qui seraient trop portés sur le libéralisme ou sur l’ouverture, peut-être serait-il temps de réfléchir à ces concepts, d’arrêter de croire à leur uniformité et enfin se rendre compte que la droite ne se gêne pas pour les détourner pour défendre ses thèmes archaïques et conservateurs. Aujoud’hui, à la surface du globe, le libéralisme existe à peine. Aujourd’hui, dans la vie politique française, l’ouverture n’existe pas. Ce qui existe, c’est l’avantage d’un petit nombre, c’est la concurrence qui profite aux forts, c’est souvent le non respect du tryptique “propriété, liberté et responsabilité”. Où est par exemple la responsabilité environnementale dans l’activité de certaines industries ou de la grande distribution ? Où est la propriété pour tous s’il faut s’endetter jusqu’à la troisième génération pour acquérir un bien ? Où est la liberté de changer d’emploi lorsque la formation est insuffisante ou inexistante ? Où est la liberté d’entreprendre pour une personne qui a l’idée, mais pas les fonds ? Quant à l’ouverture, elle signifie “travailler avec”, pas “se servir de”.

En conséquence, être anti-libéral ne mène pas à grand chose, sinon à s’opposer à un certain néant. Mieux vaut défendre son propre projet, sur ses propres bases. S’opposer à l’ouverture, c’est tout simplement se révéler craintif à toute évolution. L’objectif n’est pas de remplacer notre tradition socialiste par une fausse modernité social-libérale ou de s’en tenir à une pensée social-démocrate qui date. Le projet est bien d’innover, d’inventer de nouvelles méthodes. Pour cela, la gauche ne doit pas se décomplexer comme la droite en se laissant aller à la facilité de basculer sur un extrême. Elle doit détailler le concept d’une société plus juste, plus ordonnée, plus participative, plus tournée vers l’avenir. La droite s’inquiète de la poignée de rentiers qui part à l’étranger ; la gauche s’occupera de la jeunesse qui doit travailler pour financer ses études. La gauche ne devra plus attendre les erreurs de la droite ; elle devra démontrer que la droite est dans l’erreur. Dans cette optique, certains se proclament jeunes lions… Tant mieux, il va falloir que ça rugisse.