PS Chaville
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Les vrais chiffres du chômage !

Intégralité de l’article paru dans « Le Canard enchaîné » en date du mercredi 14 mars 2007, sous la plume d’Alain Guédé.

L’Insee fait mentir les chiffres pour donner raison à Chirac
A la télé, le président s’est glorifié d’une victoire bidon sur le chômage. 

Si les Victoires de la bouffonnerie avaient existé, elles auraient pu être attribuées haut la main à l’Insee, pour son ahurissante pantalonnade sur les statistiques du chômage. Résumé des épisodes précédents : début janvier, l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques décide, en toute discrétion, de renvoyer à l’automne – c’est-à-dire après les élections – la publication du taux du chômage (selon les normes du Bureau International du Travail) du dernier trimestre 2006. Soit 9,2% de sans emploi. Cette statistique, annoncée en petit comité, serait restée secrète si « Le Canard » n’avait eu la bonne idée de la publier. En clair : loin de diminuer, comme le claironne Villepin – qui affiche un taux de 8,6% -, le chômage a augmenté l’an dernier. Devant la levée de boucliers à gauche, l’Insee a fini par décider que son taux de chômage « secret » serait diffusé le 8 mars, lors d’une réunion du Conseil national de l’information statistique. Cet organisme, qui regroupe des statisticiens de tous horizons ainsi que des représentants du patronat et des syndicats, a été le théâtre d’une scène cocasse. Les grands patrons de l’Insee ont bien dévoilé le résultat de leurs travaux : non 9,2% comme chuchoté au départ, mais 9,5% à la fin de l’année, et 9,8% en moyenne annuelle. Soit 0,7 point de plus que les chiffres publiés jusqu’à présent.

Réunion pour rire
Ensuite, sans mesurer le ridicule de leur position, ils ont descendu en flammes la statistique en question. Selon eux, ce taux de 9,8%, établi après une enquête auprès de 70 000 personnesn’est pas fiable, en raison du nombre élevé de ceux qui n’ont pas répondu. Ce résultat devrait donc compter pour du beurre, en attendant une nouvelle enquête qui ne sera terminée qu’à l’automne. D’ici là, c’est le chiffre officiel du gouvernement, 8,6% qui reste en vigueur.

Retour de bâton
Manque de pot, l’ancien responsable de la statistique à l’Insee (limogé par l’actuelle majorité) a mis les pieds dans le plat, en expliquant devant le Conseil de la statistique que le taux de 9,8% était parfaitement fiable. Un expert du ministère du Travail lui a emboîté le pas : « Vous n’avez pas apporté beaucoup de preuves selon lesquelles il y avait des éléments nouveaux pour justifier le report de cette enquête. ». Mieux : le patron des statistiques du ministère du Travail, chargé, auprès de Borloo, de publier chaque mois les chiffres du chômage (sur la base du bilan mensuel d’activité de l’ANPE), a lancé aux patrons de l’Insee : « Rien ne prouve que votre enquête n’était pas la bonne ». Pourquoi les grands patrons de l’Insee ont-ils pris le risque de ruiner l’image de l’institution avec leur numéro d’auto flagellation sur la fiabilité de leurs chiffres ? Réponse d’un syndicat maison : « Depuis 2002, toute la direction a valsé, ainsi que les principaux chefs de service. Raffarin et Villepin préfèrent des statisticiens sûrs à des statistiques fiables. » Grâce à quoi Chirac a pu affirmer, lors de son discours d’adieu, que « le chômage est au plus bas depuis un quart de siècle ». Ce refrain, repris dès le lendemain matin par Sorkozy, sonne faux : le gouvernement Jospin – aidé par la conjoncture – avait abaissé le taux de chômage jusqu’à 8,6% et l’avait ensuite laissé à Raffarin à 9%. Mais l’Insee n’a pas encore trouvé un indicateur sûr pour mesurer l’esbrouffe.

Incendie de la fédération socialiste des Hauts-de-Seine

incendie Fédé

Le premier secrétaire du PS François Hollande a exprimé lundi son « émotion » après « l’incendie volontaire » qui a ravagé le siège départemental de son parti dans les Hauts-de-Seine, situé au Plessis-Robinson. M. Hollande s’est refusé, lors d’un point de presse, à faire tout lien entre cet acte et le fait que ce département soit le fief du candidat UMP Nicolas Sarkozy, mais il a déploré que « la sécurité (ne soit) pas établie » là plus qu’ailleurs.Qualifiant le sinistre d' »incendie volontaire », il n’a pas exclu qu’il s’agisse d' »un acte isolé ».Néanmoins, « ce n’est pas la première fois que des permanences politiques, de toutes sensibilités d’ailleurs, sont visées » et « nous devons être attentifs à cette dérive », a commenté le numéro un socialiste, en exprimant son « émotion ».M. Hollande a noté que le siège de la fédération des Hauts-de-Seine était aussi celui de la campagne présidentielle de Ségolène Royal dans ce département.Selon une source policière, « des traces d’hydrocarbures laissent penser que l’incendie serait d’origine criminelle ».

Pascal BUCHET, 1er fédéral des Hauts-de-Seine, dénonce l’incendie de la Fédération 92 du Parti Socialiste, siège du Comité départemental de Ségolène Royal

A quatre semaines du premier tour de l’élection présidentielle, un incendie d’origine criminelle a ravagé la Fédération du Parti Socialiste, siège du Comité départemental de Ségolène Royal.

Cet acte criminel est une atteinte grave à la démocratie et à la liberté d’expression.

Pascal Buchet, 1er fédéral des Hauts-de-Seine, est profondément choqué par ces agissements inqualifiables qui visent à empêcher les 6.000 militants des Hauts-de-Seine et, au-delà, celles et ceux qui soutiennent Ségolène Royal de s’exprimer et de faire campagne.

Il appelle toutes les citoyennes et les citoyens qui veulent défendre les valeurs républicaines et démocratiques à se rassembler et exprimer ainsi leur soutien, mercredi 28 mars à 19h, devant le siège de la fédération, 45 avenue Edouard Herriot, au Plessis Robinson.

Débat public organisé par ATTAC jeudi 29 mars

Nous vous informons que l’association ATTAC organise un débat public à l’Atrium de Chaville ce jeudi 29 mars à 20h30, sur le thème :

 » Contre la montée des inégalités, faut-il remettre en cause le libre échange ? »

avec Bernard Kervella, membre du conseil scientifique d’ATTAC

François Bayrou ou la confusion

François Bayrou a choisi de construire sa candidature sur le « ni droite-ni gauche ». Cela  peut se justifier quand la République est menacée. Il s’agit alors de situations d’urgence nationale. Et la Résistance avec les gouvernements de la Libération en ont été les exemples emblématiques. Mais le ni droite, ni gauche n’est pas une forme durable de gouvernement, il se termine généralement en crises politiques.Or, aujourd’hui, la France a besoin de choix clairs –ce dont elle a été privée en 2002 avec les conséquences négatives qui en ont découlé, François Bayrou parie sur le manque de mémoire des électeurs. C’est indéniablement faire preuve de démagogie. On avait connu un centre politique avec une identité nette, la démocratie chrétienne, que l’on pouvait approuver ou critiquer. Aujourd’hui, le centre de François Bayrou n’a plus un sens autre que tactique. Car il n’est pas « neutre » -contrairement à ce qu’il prétend- il est enraciné dans la droite, à la fois dans les faits et dans les idées.

I) François Bayrou : la droite dans les faits·       

François Bayrou a fait toute sa carrière à droite. Il a soutenu Valéry Giscard d’Estaing, il a fait partie de l’état major de Raymond Barre, il a été un allié d’Édouard Balladur et de Nicolas Sarkozy, il a été ministre d’Édouard Balladur de 1993 à 1995,  de Jacques Chirac de 1995 à 1997. Refusant d’être un second rôle à l’UMP, il a décidé de jouer sa partie en 2002 avec l’UDF maintenue.

·        François Bayrou a voulu frapper l’opinion en demandant à son groupe parlementaire de voter de temps à autre avec le Parti Socialiste à partir de 2006. Mais sur l’ensemble de la législature, l’UDF, à l’Assemblée Nationale, et plus encore, au Sénat, a voté le plus souvent avec l’UMP. Sur 78 votes majeurs de 2002 à 2007, à 44 reprises pour des lois importantes, l’UDF a voté avec l’UMP, à 16 reprises avec le Parti Socialiste (surtout depuis 2006…). A noter que dans ce cas, le groupe parlementaire UDF s’est divisé –François Bayrou étant incapable d’imposer la discipline à son petit groupe parlementaires !

·        François Bayrou mène un parti où tous les élus ont un électorat de droite, travaillent dans toutes les régions, les départements, les municipalités avec les élus UMP. La sociologie politique est quand même révélatrice d’une réalité ! D’ailleurs ses représentants se sont unis ce mois-ci dès le premier tour à l’UMP lors d’une élection municipale partielle à Romainville (93).

II) François Bayrou : la droite dans les idées

Nous avons désormais la « chance » de disposer du programme économique et social –la « social-économie»- de François Bayrou. Si l’on passe sur des propositions purement démagogiques, un référendum sur les retraites !- l’essentiel permet de voir que ce programme est « UMP-compatible ». 

  • Pouvoir d’achat : une pâle copie de Nicolas Sarkozy

Tout comme Nicolas Sarkozy, François Bayrou fait l’impasse sur la question du pouvoir d’achat :

  • rien sur les salaires et le niveau des pensions des 13 millions de retraités, au risque de laisser une part non négligeable de notre population se paupériser, au détriment de la demande, seul moteur de la croissance encore allumé ;
  • rien sur les prix, qu’il s’agisse des produits de consommation courante, du prix du  logement (120 euros de plus par mois pour louer depuis 2002 et 65% de hausse à l’achat) ou encore de l’énergie (+70% pour le fioul et 55% pour le gasoil depuis 2002) !

Tout comme Nicolas Sarkozy, les propositions de François Bayrou pour élever le niveau de vie se limitent à l’octroi aux entreprises de nouvelles exonérations de cotisations sociales portant sur les heures supplémentaires (dont le taux serait majoré de 35%). Cette proposition, qui s’apparente au « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy, est  :

  • un non sens juridique et économique : ce ne sont pas les salariés mais les employeurs qui décident seuls de recourir aux heures supplémentaires. lls le font s’ils l’estiment nécessaire aux besoins de l’entreprise : la proposition de François Bayrou se heurte à l’insuffisance de la demande et de l’activité économique ;
  • une fin de recevoir sociale : la première valeur du travail, c’est son prix. Or, cette proposition exclue de facto les deux salariés sur trois qui n’ont tout simplement pas accès aux heures supplémentaires, ainsi que le million de salariés à temps partiel subi ( dont 80% de femmes) ;
  • un nouveau cadeau fiscal consenti aux entreprises, et non des moindres : près de 2,8 milliards d’euros, sans la moindre obligation de la part de l’entreprise. Les effets d’aubaine seront conséquents, puisque aucune condition n’est fixée pour être éligible à l’allègement.
  • Emploi : une pâle copie des échecs du passé

Tout comme Nicolas Sarkozy, François Bayrou propose des exonérations de cotisations massives et indifférenciées. Ainsi, ses « deux emplois francs » de cotisations par entreprise seraient excessivement coûteux pour la collectivité et provoqueraient des effets d’aubaine massifs à l’avantage des entreprises, de loin les plus nombreuses, qui auraient embauché en l’absence de ces exonérations.

Cette mesure, qui priverait les caisses sociales de 4 milliards d’euros, représente un cadeau inédit par son ampleur mais aussi par la forme qu’il revêt : aucune limite n’étant fixée quant au niveau de qualification ou de salaire, il sera possible pour les entreprises d’utiliser ce dispositif pour défiscaliser les emplois les plus rémunérés.  

  • Fiscalité : la fortune en héritage

Tout comme Nicolas Sarkozy, François Bayrou propose d’aggraver les réformes fiscales injustes de ces dernières années (qui ont placé la fiscalité française à l’avant dernier rang de l’OCDE en termes de progressivité) : il partage avec lui la même volonté d’abaisser fortement, jusqu’à les vider de leur contenu, l’impôt sur la fortune et l’impôt sur les successions, puisqu’il s’engage à exonérer de droits toutes les successions en ligne directe inférieures à 200.000 euros. Cette quasi suppression des « droits de donations et de successions pour tous les patrimoines petits et moyens » est une supercherie qui masque une mesure d’une injustice rarement atteinte : dans un pays où la succession moyenne est de 55.000 euros, ce dispositif a déjà exclu 80 % des patrimoines transmis en ligne directe de toute imposition. Cette proposition dédouanerait les Français les plus riches du paiement de cet impôt, puisque seul 25% des Français détiennent un capital supérieur à 260.000 euros. Elle priverait le budget de l’État de près de 5 milliards d’euros par an, soit l’équivalent de 700 écoles ou encore 900 crèches. Clairement, au prétexte de favoriser les fruits du travail, François Bayrou favorisera l’héritage et la rente.

« L’autre chemin » de François Bayrou mène simplement à droite !

Pétition pour le maintien du vote papier

Depuis 2004, en France, un nombre croissant de communes s’équipent en ordinateurs de vote (dénommés “machines à voter” par le Code électoral). Plus d’un million d’électeurs seront concernés en 2007, dont les Chavillois.

I) Dans mon bureau de vote :

– Je demande qu’on me donne des bulletins papier. C’est pour moi le seul moyen de savoir ce que je glisse dans l’urne. A l’opposé, un ordinateur peut afficher une chose et enregistrer tout autre chose.

– Je suis prêt à participer au dépouillement. Par contre, venir regarder un ordinateur de vote imprimer un ticket n’aurait aucun sens : puisque le fonctionnement de cet ordinateur est secret, c’est comme si on laissait une entreprise privée emporter l’urne transparente pour compter son contenu dans le secret de ses locaux, sans que personne ne puisse y assister.

II) Dans l’immédiat :

– Je demande la suspension de toute utilisation d’ordinateurs de vote.

– J’en appelle au Président de la République, garant des institutions, et à mon Maire, responsable de l’organisation des élections.

III) Pour l’avenir : – Tout citoyen ou groupe de citoyens doit pouvoir s’assurer directement, sans faire appel à des experts, de la sincérité du décompte. Réaffirmons ce droit.

– J’appelle à des états généraux sur l’amélioration de l’organisation des élections, sans préjugés quant à l’opportunité d’utiliser ou non l’informatique.

Notre démocratie mérite bien mieux que le bricolage hâtif et sans concertation d’une loi datant de 1969.

Vous pouvez signer cette pétition à l’adresse suivante :  http://recul-democratique.org/petition/index.php

Débat avec François Hollande le 20 mars à Boulogne

La section PS de Chaville vous invite à participer au débat du changement autour des propositions du Pacte Présidentiel de Ségolène ROYAL, en présence de François HOLLANDE, mardi 20 mars à 20h30.

Lieu : école Fessart, 26-28 rue Fessart à Boulogne-Billancourt
Possibilité de parking dans la cour de l’école
Métro : Boulogne – Jean Jaurès (ligne n°10)

Réunion publique ouverte à tous. Venez nombreux !

Interview de Ségolène Royal au journal Le Monde

Si vous êtes élue le 6 mai, emménagerez-vous à l’Elysée?

Je choisirai la solution la plus utile à l’exercice de ma fonction, tout en préservant ma vie de famille.

Au pouvoir, comment conserverez-vous le lien avec le « peuple » ?

En veillant à ne pas me laisser enfermer. Chaque semaine, je ferai en sorte de me trouver sur le terrain aux côtés des Français, ceux qui souffrent comme ceux qui réussissent. Pour avoir exercé des fonctions ministérielles et avoir vu comment marche le cœur de l’Etat, je sais qu’il faut tenir son cap avec constance, lutter aussi contre soi-même, l’inertie, la routine, la mécanique de ses propres idées, car la charge de travail est énorme et le temps passe vite.

Vous fonctionnerez très différemment de François Mitterrand ?

Forcément. Ce sera l’incarnation d’un changement profond de la présidence de la République, de son protocole comme de son allure. Je sais que je dois faire mes preuves plus que d’autres. Je pense qu’il est possible de concilier la grandeur de la fonction et la simplicité, exercer pleinement le pouvoir, conduire une politique étrangère conforme à notre génie national – et résister en même temps à cette tentation monarchique à laquelle la République a trop souvent cédé.

« Avec moi », dites-vous, « la politique ne sera plus jamais comme avant… »

Nous vivons une crise démocratique profonde. Je pense être la seule candidate à en avoir fait lucidement le constat, à m’être remise en cause sur la façon dont je faisais de la politique et dont doit se nouer le lien avec les électeurs. Les Français sont prêts à venir voter une fois de plus – une dernière fois, j’allais dire. Ils doutent du système politique et en même temps ils ont tellement envie d’y croire, tellement besoin de son efficacité, de sa capacité à sortir la France de son état de déprime. Je mesure que le rapport au temps a changé avec le quinquennat. Il faut aller vite, non seulement au début mais tout au long et jusqu’au bout. Je veux fonder mon mandat sur le principe de responsabilité.

Comment concevez-vous le rôle de la présidente : arbitre ou super-premier ministre ?

Ni l’un ni l’autre. Présider, c’est arbitrer, décider, mais aussi parfois entrer dans le détail. Je ne m’interdis rien dans le respect d’institutions profondément rénovées.

Quelle forme de gouvernement mettrez-vous en place? Une équipe restreinte ? Parité homme-femme?

Je choisirai les plus compétents. En tenant compte à la fois de l’expérience et du désir de renouvellement, en ayant naturellement la parité pour objectif. Le gouvernement devra, chaque année, rendre compte de son action et vérifier qu’il dispose toujours bien de la confiance de l’Assemblée nationale, laquelle verra son rôle de contrôle de l’exécutif renforcé.

Une équipe 100 % PS ?

Tous ceux qui se reconnaîtront dans le pacte présidentiel auront vocation à rejoindre le gouvernement et la majorité présidentielle. Je souhaite qu’elle soit la plus large possible.

Des ministres de la société civile ?

Il est bon qu’un responsable politique se soit confronté au suffrage universel. L’exercice d’un mandat électif change la façon de voir la réalité. Il donne une expérience irremplaçable. Il vous rend solidaire d’une majorité et vous donne le sens du débat parlementaire et celui si essentiel de rendre des comptes. Tout cela ne s’improvise pas.

Comment transformez-vous l’écoute en action ?

En concevant le pouvoir comme un mandat. Et en faisant de mon pacte présidentiel la traduction de cette volonté. Je ne suis liée à aucun réseau, aucune puissance d’argent, aucun lobby, aucun grand média, aucune grande entreprise. J’ai horreur des gaspillages et du temps perdu. Je n’ai personne à placer et ne dois rien à personne si ce n’est au peuple français. Je suis d’une indépendance d’esprit totale. Et si je respecte le Parti socialiste, auquel je suis fière d’appartenir, je suis suffisamment autonome pour ne me laisser enfermer dans aucun dogme, comme je l’ai maintes fois prouvé.

Quels dogmes ?

Le pacte présidentiel est neuf et tire les enseignements du passé. Par exemple, la réconciliation des Français avec les entreprises. Ou l’urgente nécessité d’insuffler à notre pays le sens des compromis sociaux, à partir d’un syndicalisme puissant et rénové. Il est temps que la France sorte des logiques d’affrontement pour aller vers des logiques de dialogue et construise des cercles vertueux. A chaque fois qu’on défend les droits, il faut rappeler les devoirs et construire une société solidaire qui est le contraire de l’assistanat. A chaque fois que l’on veut distribuer, il faut dire comment produire plus et mieux. Il faut investir dans la qualité du travail pour en donner à plus de salariés.

C’est résolument social-démocrate ?

Je n’ai pas besoin d’étiquette. Je suis dans le socialisme du XXIesiècle.

Quelles seraient vos premières mesures dans les cent jours de votre arrivée au pouvoir ?

La bataille pour l’emploi des jeunes sera ma première priorité. En aidant les petites et moyennes entreprises (PME) à les recruter. Je lancerai tout de suite les emplois-tremplins. Je dispose d’un levier majeur, les régions, qui se sont déjà mobilisées : parmi les candidats, je suis la seule à proposer de les faire avancer dans le même sens que l’Etat. Les 65 milliards d’euros d’aides aux entreprises seront redéployés, pour supprimer les effets d’aubaine et les concentrer sur les PME qui innovent et qui exportent.Le deuxième acte, pour relancer l’activité par le pouvoir d’achat, sera la convocation immédiate de la conférence sur la croissance et les salaires avec les partenaires sociaux : hausse du smic, relèvement des bas salaires avec le souci de ne pas écraser l’échelle des salaires. J’ai entendu les inquiétudes des salariés juste au-dessus du smic qui doivent aussi avancer. Les petites retraites seront revalorisées. Un état des lieux sera fait sur la dégradation du système de santé.Le troisième concernera la préparation de la rentrée scolaire. Le rétablissement des emplois qui ont été supprimés dans l’éducation nationale permettra de diminuer le nombre d’élèves par classes et d’autoriser des expérimentations pédagogiques pour prendre en charge les élèves les plus difficiles. La culture fera une entrée massive à l’école. Sur tout cela, l’organisation d’Etats généraux en définira les contours avec les enseignants, auxquels je garantirai la reconnaissance de la Nation.L’excellence environnementale se traduira par le moratoire immédiat des OGM en plein champ, des incitations fiscales aux particuliers pour les énergies renouvelables et des actions énergiques contre la pollution de l’eau. Enfin, le premier texte de loi sera la lutte contre les violences faites aux femmes et l’accès gratuit à la contraception des jeunes.La réforme institutionnelle – limitation du cumul des mandats, réforme du Sénat, suppression du 49-3, introduction d’une part de proportionnelle, jurys citoyens, place de l’opposition – sera soumise aux Français à l’automne par voie référendaire.

Demanderez-vous le remboursement des aides publiques aux actionnaires privés d’Airbus qui se désengagent comme Lagardère ?

Oui, si un profit spéculatif a été enregistré juste avant que ne soient révélées les difficultés de l’entreprise. Il faut aussi repenser la question du comportement des dirigeants, en particulier au regard de leur rémunération et des conditions dans lesquelles ils partent après avoir échoué. Il y a des pratiques qui nourrissent une colère sociale profonde et légitime.

Que direz-vous à la chancelière allemande, Angela Merkel, à propos d’Airbus ?

Je vais d’abord écouter son point de vue. Et chercher avec elle un diagnostic commun et des solutions industrielles. La chance que nous avons c’est qu’elle a une approche très pragmatique et que je n’ai pas été impliquée dans les décisions antérieures. Nous pouvons avoir un regard neuf. Quand les intérêts des peuples et des salariés sont en jeu, il faut faire de la diplomatie autrement.En politique industrielle, c’est la Commission européenne qui a autorisé les Canadiens à racheter Pechiney et qui a supervisé le sauvetage d’Alstom… On ne peut pas continuer à gérer les dossiers industriels au niveau européen uniquement sous l’angle de la concurrence. Il faut fixer un autre mandat à la Commission. L’emploi, le développement des territoires et la sauvegarde de nos technologies doivent être des critères déterminants pour apprécier les fusions.

Vous voulez modifier les statuts de la Banque centrale européenne (BCE), mais Mme Merkel s’y oppose…

Rien n’est jamais figé. Par sagesse et envie de régler les problèmes, je refuse le tout ou rien. Il me semble qu’elle aussi. Nul ne peut être opposé au fait qu’une banque centrale doive être aussi au service de la croissance et de l’emploi, sans affecter la valeur de la monnaie. On peut rassembler l’Europe sur ce double objectif. Tout est question de méthode. Les Polonais sont très libéraux et leur ambassadeur me disait qu’il n’était pas possible d’avoir une charte sociale. Je lui ai dit que son pays avait voulu affirmer dans la Constitution européenne les racines chrétiennes dans l’Europe et que les textes chrétiens défendent le respect de la personne humaine, la lutte contre la misère, le droit pour chaque famille de vivre dignement. Qu’est-ce d’autre sinon d’avoir droit à un salaire correct, un accès à la santé? Il ne m’a plus rien répondu. Il faut s’appuyer sur les convictions dans le respect des identités et montrer que le chemin que doit prendre l’Europe n’est pas antinomique. Voilà comment je conçois la diplomatie.

Quels changements doivent être apportés au traité constitutionnel pour que les Français puissent le ratifier ?

Il faut d’abord renouer le lien de confiance, entre la présidence de la République et le peuple français, par rapport à son vote précédent. Je pense être la seule à le faire, ne serait-ce que parce que j’ai dans mon équipe des responsables qui ont voté oui et non. Ensuite, il faut renouer avec les autres dirigeants d’Europe. La France est malmenée, pour ne pas dire humiliée dans les instances européennes après avoir donné des leçons à tout le monde. Il y a un travail considérable à accomplir dans le cadre de relations interpersonnelles pour renouer cette confiance. Je suis une Européenne convaincue, et en même temps j’ai compris le sens du non, en particulier du non des jeunes : la réponse à leurs problèmes immédiats ne pouvait pas être incarnée par ce qu’on leur proposait.Il va falloir faire cette Europe par la preuve. Lorsqu’on aura réduit le chômage, quand l’Europe prouvera qu’elle parvient à se protéger contre les règles destructrices et illégales du commerce mondial, et les délocalisations, alors le regard changera. L’Europe doit lancer les chantiers mille fois annoncés mais jamais réalisés dans la recherche, l’énergie, la santé et l’enseignement supérieur. Mon intention est de passer par les pôles de compétitivité. Nous nous faisons une guerre économique interne alors que nous sommes en passe de nous faire dépasser par l’Inde et la Chine. Avant on délocalisait des t-shirts. Maintenant c’est Alcatel. Les gens ont peur. Nous avons un gouvernement inerte. Je veux mener cette bataille économique pour la France.

Vous ne faites rien à propos des traités européens ?

Si. Mais il n’est pas possible de revenir devant le peuple avec le même texte. Les parties un et deux, sur les institutions et la Charte des droits fondamentaux n’ont pas fait vraiment débat en France. Il faudra revoir la partie trois. Je propose à la place un protocole traitant des politiques nouvelles, du progrès social, des services publics et de l’environnement. Il faudra faire preuve d’humilité et de conviction comme me l’a dit Jacques Delors, que je consulte à ce sujet.

Ce protocole se substituerait à la partie 3 de la Constitution ?

Oui, mais plutôt que de parler de Constitution, parlons de traité. L’Europe a besoin, pour avancer à nouveau, de deux jambes : des institutions plus politiques et plus efficaces, et des actions communes pour préparer l’avenir.

Le protocole serait porteur de droits ?

Oui, même s’il faut des transcriptions en droit interne. Les idées progressent, même si c’est difficile de faire accepter par tous le respect impératif des principes liés aux droits sociaux.

Quand prévoyez-vous un référendum sur le nouveau traité européen ?

Il faut avoir réglé la question avant les élections pour le Parlement européen de juin 2009, ou au plus tard le même jour. Je suis prête à consulter de nouveau les Français, mais je demande qu’entretemps l’Europe fasse ses preuves sur les politiques communes et sur le social. C’est un délai très court. Mais c’est ainsi que l’Europe a toujours avancé.

Si le référendum est négatif, démissionnerez-vous ?

Non. S’il est bien préparé, afin de rassembler ceux qui se sont hier divisés, il n’y aucune raison d’échouer. Je suis même très optimiste.

Avec la fin du mandat de M. Chirac, son immunité pénale tombe. Faites-vous une amnistie, une grâce ou laissez-vous faire la justice ?

Il existe en démocratie un principe très simple : l’indépendance de la justice.