Le Parti socialiste fait du sauvetage de « Libération » un enjeu politique

Le Monde – 09/11/06


Jean-Marc Ayrault et Arnaud MontebourgJean-Marc Ayrault (g) et Arnaud Montebourg (d) font partie des personnalités du Parti socialiste qui prennent la défense du quotidien « Libération » en grandes difficultés. M. Ayrault demande que le premier ministre se saisisse du dossier. M. Montebourg défend lui le plan présenté par la SCPL et Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du « Monde ».

Le sort de Libération va-t-il devenir un enjeu de la campagne électorale à venir ? Mercredi 8 novembre, tandis que le comité d’entreprise (CE) du quotidien se prononçait, sans surprise, et à l’unanimité, contre la suppression d’une centaine d’emplois préconisée par l’audit de François Le Hodey, présenté la veille au conseil d’administration, plusieurs personnalités du Parti socialiste ont pris la défense du journal et de son ancrage à gauche.« La disparition de Libération serait un jour noir pour le mouvement des idées dans notre pays », a estimé Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, à l’issue d’une rencontre avec les représentants de la Société civile des personnels de Libération (SCPL), emboîtant le pas à son homologue du Sénat, Jean-Pierre Bel, M. Ayrault a souhaité que le premier ministre, Dominique de Villepin, « se saisisse de l’avenir de Libération ».Arnaud Montebourg, porte-parole de Ségolène Royal, interrogé par Le Monde, est allé plus loin en soutenant ouvertement le plan présenté par la SCPL et Edwy Plenel (ancien directeur de la rédaction du Monde et coauteur d’un livre d’entretiens avec le premier secrétaire du PS, François Hollande).« Comme par hasard, dit le député de Saône-et-Loire, un projet qui cherche à sauver le journal en affichant une ligne éditoriale de gauche, ouvertement anti-Sarkozy, et en garantissant l’indépendance rédactionnelle, ne trouve pas d’argent. »

« BERLUSCONISATION »

Aux critiques formulées par Edouard de Rothschild, principal actionnaire de Libération, quant à la viabilité économique du projet SCPL-Plenel, qui table sur une relance des ventes et de la publicité, M. Montebourg réplique que « la rédaction consent elle-même de lourds sacrifices », le plan en question prévoyant une réduction d’effectifs de 50 personnes.M. Montebourg voit dans le blocage actuel de la situation à Libération le résultat de « l’activisme des amis de M. Sarkozy » pour empêcher « qu’il y ait un journal clairement engagé à gauche dans la campagne électorale ».Pointant du doigt la présence de Martin Bouygues dans TF1 et d’Arnaud Lagardère dans Le Monde, « deux amis de M. Sarkozy », dit-il, M. Montebourg croit déceler un risque de « berlusconisation des médias français ».« En France, il n’est pas normal que nous ayons le même groupe industriel qui produise les armements et détienne les médias, avait souligné plus sobrement Laurent Fabius, mardi 7 novembre, lors du dernier débat télévisé des trois candidats à l’investiture du PS. Si je suis élu président de la République je demanderai, avec le soutien du Parlement, à ces groupes de choisir, ou bien l’armement ou bien les médias. »Anne Hidalgo, secrétaire nationale chargée de la culture et des médias au PS, souligne que le projet du parti prévoit « une refonte des aides à la presse, de façon qu’elles aillent en priorité à des journaux réellement indépendants et qui permettent de faire vivre le pluralisme ».Mme Hidalgo, par ailleurs adjointe du maire (PS) de Paris Bertrand Delanoë, estime qu’« il y a un vrai problème avec les journaux gratuits ». Elle propose de « réfléchir à un plafonnement des recettes publicitaires de la presse gratuite ».

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One Response to Le Parti socialiste fait du sauvetage de « Libération » un enjeu politique

  1. Ignes Del Folli says:

    La prise de position du PS sur la situation catastrophique du quotidien Libération est salutaire. Il est temps de s’interroger sur la sauvegarde en France d’un champs médiatique politiquement diversifié. Le constat actuel est inquiétant : entre le rachat de grands groupes de presse par des industriels aux intérêts ciblés et l’émergence massive de journaux gratuits peu porteurs du débat citoyen, jamais la diversité éditoriale n’a été aussi remise en cause par la pression économique.

    Le principe de la presse traditionnelle repose sur un lectorat fidélisé, voire abonné, capable d’apporter au journal une stabilité éditoriale. La nécessité aujourd’hui d’attirer davantage de recettes publicitaires que de lecteurs “engagés” remet en question chaque jour l’indépendance d’un titre comme la diffusion d’une information de qualité.

    Certainement faudra-t-il que l’Etat intervienne pour veiller au non cumul d’intérêts inconciliables, à empêcher la formation de conglomérats de la pensée unique… Certainement faudra-t-il aussi que la presse traditionnelle s’adapte mieux aux NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), pour mieux rencontrer les phénomènes de la blogosphère et de l’expression citoyenne sur le Web… En politique, le site Désirs d’Avenir portant au succès Ségolène Royal montre que telle expérience interactive passionne son lectorat.

    Néanmoins, comment Libération a pu autant se couper de son public ? Qui à Gauche n’a pas eu un matin dans le métro, son « Libé » sous le bras, le sentiment de ne plus savoir exactement pourquoi il l’achetait ? Naguère Libération représentait un florilège d’articles sur la marge, sur la société en mutation, sur ses oubliés, tout en représentant le coeur de la gauche progressiste. Force est de constater que l’identité du titre s’est perdue en route au profit du convenu, d’une sorte d’avant-garde immobile.

    Tout l’enjeu de la refonte éditoriale porte sur cet échec. Un journal qui se coupe de ses racines, comme un parti se couperait de son électorat de base, a en effet peu de chances de réussite et de pérennité.

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