Le CPE : l’outil des prédateurs

Le CPE, c’est encore plus de précarisation pour l’emploi et encore plus de risques supportés par le salarié.

Désormais, les difficultés inhérentes à chaque entreprise, sont de plus en plus assumées par les salariés et de moins en moins par les dirigeants.

Pour eux,
– des salaires au montant de plus en plus vertigineux
– des augmentations annuelles toujours très largement au dessus de la moyenne
– des revenus qui augmentent indépendamment de la santé Industrielle de l’entreprise
– des bénéfices générés grâce aux innombrables actions qu’ils s’attribuent
– des golden parachutes lorsque la santé « actionnariale » de l’entreprise ne se situe pas au niveau des attentes des actionnaires.
– des éloges dans les médias et à la Bourse dès que des licenciements sont annoncés
– et maintenant la possibilité d’embaucher et de débaucher avec un minimum de contreparties, grâce au CPE.
– bref une prise de risque « à minima » pour les dirigeants et les actionnaires ! ! !

Pour les salariés,
– des salaires qui stagnent depuis de nombreuses années
– des augmentations personnalisées et liées aux résultats industriels de l’entreprise
– des écarts de revenus toujours plus grands entre le haut et le bas de la hiérarchie
– l’accès très limité et contrôlé au portefeuille d’actions, poussant parfois le cynisme à solliciter l’actionnariat salarial précisément lorsque l’entreprise connaît des difficultés
– le licenciement économique lorsque l’entreprise ne fait plus face à ces difficultés
– voire le licenciement préventif, même quand tout va bien, « pour faire face à la concurrence » ! ! !
– la désapprobation, voire l’incompréhension des médias lorsque ils osent réclamer un peu plus de considération
– et maintenant l’incertitude de se projeter dans l’avenir, même si le salarié rempli convenablement sa mission, grâce au CPE.
– bref, une prise de risque « à maxima » pour le salarié ! ! !

Quelle est donc cette nouvelle « race » de dirigeants ! (ceux que Lionel Jospin, dans son livre « Le Monde comme je le vois » appellent la nouvelle aristocratie, la nouvelle caste ou encore la nouvelle classe dominante)
Sont-ce ceux-là que l’on appellent des entrepreneurs ?
Ne s’agit-il pas plutôt des :
– cupides, parce qu’ils gèrent avidement et autoritairement leurs revenus,
– cruels, parce qu’ils utilisent les « ressources humaines » comme variable d’ajustement,
– irresponsables, parce que la responsabilité, bien sûr, incombe aux salariés, à leur rigidité, à leurs coûts salariaux et aux charges qui nuisent à leur « dynamisme »,
– et « moutons suiveurs » parce qu’ils se défaussent sur le train de la Mondialisation qu’il convient de ne pas laisser passer et n’ont aucune ambition pour la société autre que celle de s’en servir et de se servir ?

N’est-ce pas le monde à l’envers ?
L’Entrepreneur, avec un grand E, celui qui portait haut sa fonction, qui pouvait être respecté et était capable d’entraîner les hommes dans son projet, c’est celui qui prenait les risques, en retirait un bénéfice substantiel en cas de succès et assumait les conséquences en cas d’échec. Un tel entrepreneur pouvait être cité en exemple.

Aujourd’hui, ces nouveaux dirigeants encaissent les bénéfices même dans l’échec et font supporter les risques les plus difficiles à vivre (précarité devant l’embauche, licenciement préventifs) par les salariés.

Il ne faut pas s’étonner, dès lors, du discrédit qui les menacent et les enferment dans leur sphère hautaine.

Aujourd’hui le CPE, hier le CNE et les atteintes aux retraites, hier encore le recul des 35 heures et du temps choisi « réellement », l’affaiblissement de la loi de modernisation sociale, et demain ?
Pourquoi s’arrêteraient-ils en chemin ?
Ne faudra-t-il pas « être encore plus compétitif » ?
Ne faudra-t-il plus « faire face à la concurrence » ?
Ne faudra-t-il pas davantage de « flexibilité et de mobilité» pour lutter contre les délocalisations ?
Ne faudra-t-il pas toujours plus « soumission » pour accompagner la Mondialisation ?
Le « coût » salarial ne sera-t-il pas un frein à la profitabilité de l’entreprise ?
Le « code du travail » ne sera-t-il une entrave au dynamisme de l’activité ?

NON, demain, comme hier et comme aujourd’hui, il faudra toujours « aller de l’avant » pour ne pas être à la remorque du « progrès » ! ! !
Et demain, comme hier et comme aujourd’hui, les salariés devront assumer plus de risques et voir leur pouvoir d’achat diminuer pour satisfaire les appétits irrespectueux de ceux qui s’engraissent à leurs dépends.
Car, pour ces derniers, la précarité ne les concernent pas et en l’espace de 20 ans le poids de la marge redistribuée aux actionnaires et aux dirigeants est passé de moins de 10% à environ 20% soit 100% d’augmentation.

L’argent est donc là mais il ne va pas dans les bonnes poches !

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C’est là que la logique, dite « de marché » montre ses limites. Il n’y a pas de fin à leur faim, et donc pas d’espoir pour les salariés.
En guise de loi du marché, c’est bel et bien la loi du plus fort qui nous est imposée ; il n’y a rien à espérer d’elle.

Il faut donc opposer à cette loi du plus fort une autre logique, une autre morale et se doter d’autres outils démocratiques et respectueux de chacun.

La logique :
– Mettre l’économie au service des hommes et non l’homme au service de l’économie.

La morale :
elle est connue de tous et louée par toutes les religions monothéistes de la planète :
– ne fait pas à autrui ce que tu ne veux pas que autrui te fasses, ou encore
– « l’honneur du plus fort est d’aider le plus faible »
(dixit l’abbé Pierre mardi 24 janvier 2006 devant l’assemblée nationale).

Les outils démocratiques :
– Redonner tout son poids au Politique par la responsabilisation des hommes politiques, le non cumul des mandats, l’instauration de contre-pouvoirs efficaces, la transparence à tous les niveaux ; Les hommes politiques doivent être redevables devant les électeurs et non devant les Lobby. Bref restituer le pouvoir démocratique au citoyen.
C’est ce que prône la VIème République voulue par Arnaud Montebourg.
– Moraliser le comportement de nos dirigeants : supprimer les golden parachutes, payer les dirigeants d’entreprises sur les résultats industriels de leurs sociétés et non sur les résultats boursiers, revenir à un juste partage des bénéfices de l’entreprise, par la prise de risques ouvrir des droits et respecter ses obligations.
– Supprimer le mélange des genres entre Médias, Industriels, Politique et Experts Financiers et apporter la transparence à tous niveaux de ces sphères de prise de décision.
– Promouvoir une Organisation Mondiale du Commerce qui privilégie le développement durable et soutenable, en cohérence avec l’action de l’ONU
– Créer une Europe forte, cohérente, dotée d’une constitution faite avec et pour les hommes, fière de son modèle qui sera, pourquoi pas, envié et copié sur les autres continents dans une perspective de paix

La volonté Politique :
– réduire les inégalités
– lutter contre la corruption
– pourchasser les paradis fiscaux
– moraliser la vie politique et de l’entreprise
– faire appliquer la Justice, la Vraie et non la « légistice »

La finalité :
– L’espoir renaîtra, les projets se feront jours, la croissance soutenable et durable deviendra un mode de vie, la richesse sera mieux partagée et l’espoir … C’est ce que l’on appelle un cercle vertueux.

Cela est possible :
– A la fin des années 70 et au début des années 80, certaines entreprises prônaient une toute autre philosophie de celle pratiquée aujourd’hui. Ces entreprises s’inspiraient de modèles parfois empruntés au modèle Japonais ou encore Américain, et elles gagnaient de l’argent. Que disaient-elles :
– La finalité d’une entreprise, ce n’est pas de faire de l’argent. La finalité d’une entreprise, c’est de durer, être pérenne, offrir un devenir.
– Ce qui fait l’entreprise, ce sont les hommes ; il faut donc mettre les hommes dans les meilleures conditions pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes.
– Le patron doit être l’animateur, le meneur d’homme et veiller à l’épanouissement de chacun au sein de l’entreprise :confier des tâches en adéquation avec les compétences et promouvoir la formation et les perspectives de carrière de chacun (politique d’augmentation par petits pas : peu, souvent, à l’improviste), s’assurer de la cohésion de son équipe (sa porte doit toujours être ouverte pour rester à l’écoute de ses collaborateurs)…etc.
– Le respect doit être le seul mode d’échange autorisé: respect de la hiérarchie (pas de court-circuit) et, en retour, écoute et prise en compte des remarques des collaborateurs (aucune demande ne doit rester sans réponse)
– La responsabilité est érigée en principe fondamental : confier des responsabilités mais donner le pouvoir qui l’accompagne (le clou et le marteau), ne pas imputer au collaborateur les erreurs de la direction (un escalier se balai de haut en bas) et en contre partie (chacun doit balayer devant sa porte), …etc.

Dans ces types d’entreprises, la conviction est que les succès de l’entreprise sont avant tout les succès des hommes qui la constituent. Les entreprises gagnaient de l’argent, les salaires augmentaient plus vite que l’inflation et il n’y avait que peu de chômage.

On en est très loin maintenant !

En seulement quelques années (à peine 20 ans), la finalité de l’entreprise s’est transformée en « gagner de l’argent pendant quelques années, fermer puis ré-ouvrir ailleurs ou créer autre chose », le travail est devenu un coût et non une source de profit, les patrons sont devenu les gestionnaires des actionnaires (les Cost-Killer ou Tueurs de coûts), les DRH considèrent les hommes comme la variable d’ajustement, les responsabilités ont disparus de l’horizon de nos dirigeants, la prise de risque est de plus en plus assumée par le salarié, le pouvoir d’achat baisse, les écarts se creusent entre salariés d’une part et dirigeants et actionnaires d’autre part.

Conclusions :

Le comble, c’est que, globalement, le monde s’enrichi, la France s’enrichi mais, au sein même de la France et pour ne parler que de la France, les inégalités se creusent.

Dans ce contexte, pourquoi nous faire croire que tout va plus mal ?
Non, tout ce qui se fait aujourd’hui en matière de dérégulation est voulu par quelques uns au travers de :
– nos dirigeants politiques qui n’obéissent qu’au Lobby et se mettent d’accord entre eux
– des organisations internationales comme l’OMC, les Banques Internationales, la Commission Européenne qui dérégulent le marché et imposent l’ouverture des frontières aux pays qui n’en n’ont pas la capacité, mènent une lutte acharnée contre tous les services publics qui représentent les derniers remparts contre la sauvagerie de ce monde habité par la loi du plus fort
– les médias qui relayent cette litanie complaisamment, voire de façon intéressées, liés qu’ils sont à leurs actionnaires Industriels
– les experts financiers qui surenchérissent, payés qu’ils sont, eux aussi, par l’argent des actions qui fluctuent au rythme de leurs annonces et de leurs diagnostics qui sonnent comme des sentences.

Cette analyse ouvre au moins un espoir, si en quelques années (à peine 20 ans) et avec seulement quelques organisations et dirigeants, certes très bien placés, il a été possible d’opérer toutes ces reculades, il ne doit pas être trop irréaliste de remettre la machine humaine sur les bons rails, ceux de l’espérance, de la solidarité, du respect, de la responsabilité et du partage des richesses.

Il suffit de le vouloir.

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